Automotrices Ce 2/4 «Schlieren» Nos 75 à 89 de 1901 (76 à 90 dès 1939)

Bref rappel : Parmi les 95 automotrices électriques mises en service entre 1900 et 1902 par la nouvelle Compagnie Genevoise des Tramways Electriques (CGTE), 50 unités sont des véhicules à bogies, dont on distingue quatre séries différentes :

  • Les 15 « Cologne » Nos 50-54 et 60-69 (dès 1939 : Nos 51-54 et 60-70)
  • Les 10 « Westinghouse » Nos 55-59 et 70-74 (dès 1939 : Nos 55-59 et 71-75)
  • Les 15 « Schlieren » Nos 75 à 89 (dès 1939 : Nos 76 à 90)
  • Les 10 « Alioth » Nos 90 à 99 (dès 1939 : Nos 92 à 99)

Toutes ces séries sont livrées d’origine comme Ce 2/4 (deux moteurs de traction) pour des raisons d’économie. Si les autres séries seront peu à peu transformées en Ce 4/4 par adjonction de deux moteurs supplémentaires, celle des « Schlieren » ne sera pas « renforcée » et conservera durant ses quelque soixante années de service la configuration Ce 2/4.

Construites par les firmes Schlieren (d’où leur surnom à la CGTE), pour la partie mécanique et la carrosserie, et AEG pour la partie électrique, ces automotrices sont mises en service en 1901. Elles reçoivent initialement les numéros 75 à 89. A noter que les Nos 85 à 89 sont équipées de controllers Alioth (voir cotes et masse différents dans la fiche technique ci-dessous).

Ce 2/4 n°82
Ce 2/4 n°82 (Photo SWS)

Fiche technique

  • Année de mise en service : 1901
  • Numérotation CGTE d’origine : Ce 2/4 Nos 75 à 89
  • Numérotation CGTE officielle dès le 15.07.1939 : Ce 2/4 Nos 76 à 90 (voir document ci-dessous)
  • Constructeurs :  Partie mécanique et carrosserie : SWS AG, Schlieren / Partie électrique : AEG, Berlin (controllers Nos 85-89 : Alioth, Münchenstein)
  • Longueur totale : 11,830 m
  • Largeur de la caisse : 2,14 m
  • Hauteur du véhicule (trolleys baissés) : 3.95 m
  • Poids à vide : 14300 kg / 14600 kg *
  • Empattement du bogie : 1,40 m / 1,23 * m
  • Puissance maximum : 2 x 35 CV
  • Vitesse maximale : 30 km/h
  • Places assises : 25
  • Places debout : 26
  • Capacité totale : 51 places
  • Rapport d’engrenage : 1: 4,68
  • Freins : manuel à vis et électrique rhéostatique (auto-excitation moteur)

* Nos 85 à 89

Ex 75 renumérotée en 90
Ex 75 renumérotée en 90 devant le dépôt de la Jonction - Collection SNOTPG

Comme on peut le constater dans la fiche technique ci-dessus, les voitures 85 à 89 diffèrent très légèrement des premiers exemplaires de la série (empattement du bogie plus court, masse augmentée de 300 kg). Cependant, du point de vue de l’esthétique  extérieure, la série est homogène. Elle présente,dans son état d’origine, bien des analogies avec les séries « Cologne » et « Alioth » : plates-formes frontales ouvertes de même forme arrondie, deux compartiments (fumeur ouvert en été et fermé en hiver, non fumeur toujours fermé) encadrant un petite plate-forme d’accès médiane, toit à lanterneau. Contrairement à certaines « Cologne » ou « Westinghouse », aucune « Schlieren » n’est pourvue de fourgon, ce qui explique la numérotation suivie de l’ensemble de la série. Cette caractéristique laisse penser qu’elles étaient dès le début prévues plutôt pour le trafic urbain ou suburbain. De 1901 à 1907, elles portent la livrée jaune vanille avec filets bordeaux de la jeune compagnie.

Ce 2-4 80 vers 1911- Collection SNOTPG
Ce 2-4 80 vers 1911- Collection SNOTPG

Comme sur d’autres séries, le compartiment non fumeur, fermé, est équipé de bancs longitudinaux. Le compartiment fumeur, ouvert à la belle saison, a des banquettes transversales dont le dossier peut être orienté selon les souhaits des voyageurs. Les fenêtres des deux compartiments sont munies de rideaux. En 1910, les plates-formes frontales sont vitrées, le phare frontal supprimé et remplacé par deux phares sur la toiture. Les dernières motrices qui ne l’étaient pas encore sont repeintes en « vert 1908 ».

Motrice 80, rue du Rhône vers 1930 - Collection SNOTPG
Motrice 80, rue du Rhône vers 1930 – Collection SNOTPG

D’après le « livre de bord » du dépôt de la Jonction couvrant la période 1924-1939 pour les automotrices 76 à 100, on constate que les « Schlieren » font l’objet de grandes révisions au milieu des années 1920. C’est certainement à ce moment qu’elles reçoivent une nouvelle livrée (brun-beige pour le pourtour des fenêtres et vert-olive pour le bas de caisse, avec filets jaunes simplifiés). Au milieu des années trente, nouvelles grandes révisions. A cette occasion, la porte de plate-forme médiane est supprimée sur quelques automotrices (81 à 84, semble-t-il) et l’ensemble de la série retrouve un gros phare sur chaque face avant. Certaines sont munies de stores à fines lamelles, permettant de fermer l’accès des plates-formes sur le côté gauche du sens de marche. Particularité de ces stores : ceux-ci pouvaient coulisser d’une porte de plate-forme à l’autre dans deux glissières qui suivaient l’arc du plafond. Les autres « Schlieren » conservent leurs petits portails amovibles en X, que le wattman ou le receveur déplaçaient à chaque terminus sur les accès situés à gauche du sens de la marche.

Suite aux travaux de modernisation des automotrices « Cologne », menés de 1932 à 1939, la numérotation des différentes séries d’automotrices à bogies est modifiée officiellement dès le 15 juillet 1939, comme le prouve l’ordre de service ci-contre. Pour ce qui concerne les « Schlieren », on notera que la voiture No 75 prend alors le numéro 90 (nouvelle numérotation de la série : Ce 2/4 76 à 90).

Engagement des « Schlieren » 75 à 89 (76 à 90)

Les « Schlieren » ont été engagées sur toutes les lignes du réseau. Cependant, leur configuration 2/4, conservée jusqu’à leur retrait du service, en fait le « parent pauvre » des séries de motrices à bogies et conduit à limiter leur engagement sur certaines lignes. Non équipées du frein à air comprimé et trop faibles pour assurer de gros trains sur les longues lignes de campagne, elles sont engagées, parfois avec une seule petite remorque des séries 252-276 (ex-VE) ou 201-210 (Schlieren), sur les lignes suivantes :

  • Ligne 1 (Ceinture) : motrice seule, occasionnellement
  • Ligne 2 (St-Georges ou Petit-Lancy) : régulièrement (certaines courses avec une remorque)
  • Ligne 3 (Champel – Petit-Saconnex) : motrice seule, régulièrement avant l’introduction du trolleybus en 1942
  • Ligne 4 (Grand-Lancy) : motrice seule, régulièrement
  • Ligne 5 : motrice seule régulièrement à l’époque où la ligne dessert la gare des Eaux-Vives
  • Ligne 6 (Vernier) : au début régulièrement, motrice seule
  • Ligne 7 (Grand-Saconnex) : occasionnellement
  • Ligne 12 : suppléments, avec une remorque ex-VE, dans les années quarante : Courses de renfort sur Carouge – Croix-de-Rozon, avant 1952 / En exclusivité sur Moillesulaz – Annemasse Gare entre 1951 et 1959 (motrice seule)

Les « Schlieren » assurent de nombreux services supplémentaires, avec ou sans remorque : courses scolaires, et surtout renforts lors de matchs de football au Parc des Sports (Charmilles) ou au stade de Frontenex.

Après l’introduction des convois « normalisés » sur Moillesulaz – Carouge, le tronçon Moillesulaz – Annemasse Gare est exploité séparément du reste de la ligne 12, dès 1951. Les « Schlieren » y assurent la totalité du service. Les douze automotrices encore en service reçoivent alors peu à peu le pantographe Sécheron de la CGTE, bien que durant quelques semaines elles circulent encore avec trolley sur Annemasse, en attendant que la ligne aérienne soit adaptée. Certaines rouleront même avec un pantographe et un trolley durant quelques mois.

Motrice 85 en 1952 - Croix-de-Rozon - Collection SNOTPG
Motrice 85 en 1952 - Croix-de-Rozon - Collection SNOTPG
Annemasse - La 81 vers 1955. Collection SNOTPG
Annemasse - La 81 vers 1955. Collection SNOTPG

La décennie 1950 est fatale aux « Schlieren », comme aux autres séries d’automotrices datant du début du siècle. Elles sont progressivement retirées du service et démolies. Le tableau ci-dessous donne l’ordre de leur démolition.  Seule la Ce 2/4 No 80 sera conservée. Cédée en 1959 à l’Association du Musée des Transports Urbains, Interurbains et Ruraux (AMTUIR) à St-Mandé (France), elle a été restaurée et remise dans son état de 1901.

Démolition des Ce 2/4 76 à 90

  • 1950 : 87
  • 1951 : 78 et 90
  • 1952 : 79 et 89
  • 1956 : 85
  • 1958 : 76, 77, 86 et 88
  • 1959 : 83 et 84
  • 1960 : 82
  • 1961 : 81

2012, le retour

A l’occasion des 150 ans du tram à Genève, la motrice 80 est de retour à Genève, 53 ans après avoir quitté Genève. Nous pourrons admirer cette automotrice lors du cortège du dimanche 17 juin 2012.

Motrice 80, douane de Bardonnex
Motrice 80, douane de Bardonnex - SNOTPG
Motrice 80, dépot tpg
Motrice 80, dépot tpg - SNOTPG