Automotrices “normalisées” de 1950-1952 – Série 701 à 730

C’est à la suite d’un rapport de 1946, préconisant l’acquisition de véhicules unidirectionnels et rapides, que la CGTE passe commande de trente automotrices « normalisées » (voir la définition du concept de véhicule normalisé dans la fiche consacrée aux autobus Saurer/Berna Nos 40 à 52) analogues à celles qui circulaient déjà à Bâle, Berne, Lucerne et Zürich. La SWP de Pratteln est chargée de la construction de la partie mécanique et de la carrosserie, les Ateliers de Sécheron fournissant la partie électrique. Les Ce 4/4 701 à 730 sont livrées entre 1950 et 1952 et entrent en service sur les lignes 1 et 12 où elles effectueront toute leur carrière. Pendant environ quarante ans, avec leur silhouette caractéristique, leur nez pointu et leurs « gros yeux » sur le toit, les « 700 » (comme on les nommait) seront l’image du tram moderne à Genève, avant qu’elles ne soient détrônées par nos DAV d’aujourd’hui.

Fiche technique

Années de construction : 1950 à 1952
Numérotation CGTE : Ce 4/4, puis dès 1955 Be 4/4 701 à 730
Constructeurs : – Partie mécanique : SWP (Schindler Waggonfabrik, Pratteln) – Partie électrique : SAAS (Société Anonyme des Ateliers de Sécheron)
Longueur totale : 13, 95 m
Largeur de caisse : 2,20 m
Hauteur du véhicule : 3,90 m (pantographe baissé)
Poids à vide : 16000 kg
Empattement du bogie : 1,65 m
Puissance maximum : 4 x 65 CV
Vitesse maximum : 60 km/h
Places assises : 28
Place debout : 72
Capacité totale : 100 places

Schéma collection SNOTPG

Notes techniques et historiques

Sur le plan technique, la série 701 à 730 marque une véritable révolution par rapport aux automotrices datant de la première moitié du siècle. On retiendra essentiellement les aspects suivants :

  • Carrosserie de construction légère en acier et en aluminium
  • Châssis en tôle d’acier pliée
  • Châssis, carrosserie et toiture formant un tout solidaire pour la résistance de la caisse
  • Attelages automatiques « GF » aux deux extrémités de la voiture
  • Freins au nombre de quatre :
    – Frein à main par volant commandant 16 sabots
    – Frein électrique sur résistances
    – Frein à air comprimé système « stop tram » Charmilles
    – Frein magnétique sur rail par 4 sabots
  • Cabine de conduite isolée du compartiment des voyageurs
  • Position du wattman : assis
  • Commande de démarrage et shuntage par pédale de droite (28 touches)
  • Commande de freinage électrique par pédale de gauche (17 touches)
  • Portes à commande électropneumatique à deux doubles vantaux


Ci-dessus, cabine de conduite – Ci-dessous, intérieur des normalisées

Un élément propre aux « normalisées » genevoises, par rapport à celles des autres villes suisses, est l’emploi par les Ateliers de Sécheron d’électrovalves pour la mise en marche et le freinage des moteurs. Ces électrovalves, mises en action par les pédales de conduite, étaient regroupées sous la longue banquette située dans la partie avant gauche de la motrice. Le bruit de leurs ouvertures et fermetures durant la marche était caractéristique de la série « 700 ».
La première motrice, No 701, est livrée à la Jonction le 23 septembre 1950, les trois suivantes la même année encore. La 705 arrive le 7 janvier 1951 et le reste de la série suit à la cadence moyenne d’une voiture toutes les deux semaines, si bien qu’après la réception de la 722, le 17 septembre 1951, ce sont 22 automotrices qui sont disponibles pour leur mise en service officiel sur la ligne 12, le lendemain. A relever que la boucle de Carouge a été mise en service une semaine auparavant, le 11 septembre 1951.


Deux photos datant du début de 1951 : Essais avec remorque (Ce 4/4 702 et C 301) sur la Ceinture (1B)

Fin 1950 et début 1951, les premières « 700 » sont testées sur la Ceinture, seule ligne circulaire susceptible d’accueillir des engins unidirectionnels à l’époque. Des essais se font même avec remorque, mais sans voyageurs, en raison des fortes déclivités qui caractérisent la Ceinture. Elles entrent en service régulier sur cette ligne dès le début de 1951, où elles ne seront autorisées qu’à rouler seules, sans remorque. Elles y règneront sans partage pendant dix ans avant d’y être rejointes par les « Lucernoises » (« normalisées » analogues rachetées aux VBL, après fermeture de la dernière ligne de tram de Lucerne) en 1961. Les « 700 » quittent définitivement la Ceinture le 31 mai 1969, veille de l’introduction du service par autobus sur la 1-11.


Deux photos datant du début de 1951 : Essais avec remorque (Ce 4/4 702 et C 301) sur la Ceinture (1B)

Dès le 18 septembre 1951, les premières « 700 » entrent en service officiel sur la 12, la ligne ayant été pourvue de deux boucles de rebroussement à ses deux extrémités (Moillesulaz et Carouge). Pendant une bonne vingtaine d’années, elles y circulent selon le principe général suivant : en convois avec une seule remorque (C4, puis B 301 à 315) la semaine, et en solo le dimanche. La compagnie dispose alors de 15 convois « normalisés ». Suite à la transformation en remorques (B 321 à 330) des dix automotrices « Lucernoises » après suppression du tram sur la ligne 1, ce nombre passera à 25 convois dès 1970, mais il est juste suffisant pour véhiculer plus de 50000 voyageurs par jour ! Sur cette ligne 12 transportant plus du quart du nombre total de voyageurs du réseau de l’époque, on peut dire que les « 700 » étaient les vraies « bonnes à tout faire » de la compagnie. Dès 1974, elles sont épaulées par les cinq motrices Düwag (795 à 799) rachetées au réseau d’Aix-la-Chapelle.

Hormis le remplacement des engrenages évoqué plus haut, la série 701 – 730 n’a pas connu de transformations notables. Relevons qu’elles sont équipées, de 1968 à 1970, de la commande d’ouverture des portes par les voyageurs, en vue de l’introduction du self-service sur la ligne 12. Elles sont également munies de prises d’interphone sur les faces avant et arrière afin de permettre aux wattmen de communiquer en cas de panne et de remorquage.

En ce qui concerne les livrées portées par cette série d’automotrices, relevons que la grande majorité d’entre elles en ont connu trois : vert et ivoire de 1950 à 1958, rouge coq-de-roche et ivoire de 1958 à 1976, et enfin orange TPG et blanc perle jusqu’à leur retrait du service.
Quelques « 700 » ont revêtu des livrées particulières : Fin 1957, au moment où la CGTE souhaite changer la couleur de ses véhicules, ce sont la 704 et la 729 qui serviront pour les tests de nouvelle livrée. La 704 est peinte en rouge bordeaux et gris, la 729 en rouge coq-de-roche et ivoire.

Les Genevois, consultés pour l’occasion, choisiront le rouge coq-de-roche, le bordeaux et gris de la 704 étant jugés trop tristes. Dès 1974, les Be 4/4 704, 715 et 724 reçoivent la livrée UST (Union suisse des transports) entièrement orange, avec bandeau blanc sous les baies vitrées.


715 en livrée UST à Chêne-Bougeries 721+ 303 en livrée TPG à Chêne-Bourg

Enfin, pour ses derniers mois de roulement à Genève, la 712 reçoit, conjointement avec la remorque 306, une livrée entièrement blanche et des décorations multicolores.

L’arrivée des DAV de série (Be 4/6 802 à 846) sonne le glas des vaillantes « 700 » dès l’automne 1987. Au gré des livraisons des DAV jusqu’en août 1989, la plupart des « 700 » sont retirées du service et démolies. Cinq convois sont gardés provisoirement comme réserve technique afin de pallier les éventuelles pannes des DAV. Ceux-ci circulent encore occasionnellement jusqu’en 1992, puis les 712, 721, 724 et 727 prennent la route de Sibiu, en Roumanie, où elles assurent du service sur une ligne plus bucolique que la 12.

La 729 est la seule rescapée de la série à être demeurée à Genève. Actuellement à l’inventaire de l’AGMT, elle roule régulièrement, et sur des lignes qu’elle n’avait pas connues dans sa carrière ! Elle a été remise dans la livrée d’origine vert et ivoire dès sa reprise par l’AGMT. Elle retrouve la livrée coq-de-roche en 2012 à l’occasion des 150 ans du tram à Genève pour permettre d’admirer à nouveau un convoi uniforme avec la remorque 308 (également conservée par l’AGMT) qui a déjà reçu cette livrée chère aux Genevois.

Le convoi 729+308 de l'AGMT à la rue Ancienne à Carouge le 16 juin 2012 à l'occasion des 150 ans du tram.©Diwabus949
Le convoi 729+308 de l’AGMT à la rue Ancienne à Carouge le 16 juin 2012 à l’occasion des 150 ans du tram.©Diwabus949