Tramways Ce 2/4 156 à 165 “Plates-formes centrales” de 1920

Fiche technique

Année de construction : 1920
Numérotation CGTE : Ce 2/4  156 à 165
Constructeurs : – Partie mécanique : SWS, Schlieren
– Partie électrique : SAAS (Ateliers de Sécheron), Genève
Longueur  totale : 14,35 m                                      Largeur de caisse : 2,12 m
Hauteur du véhicule : 3,77 m (trolley baissé)          Poids à vide : 19800 kg
Empattement du bogie : 1,70 m                              Puissance maximum : 2 x 50 CV
Vitesse maximum : 30 km/ h                                   Places assises : 38
Place debout : 37                                                    Capacité totale : 75 places
Freins : manuel à vis, électrique rhéostatique (moteurs à autoexcitation) et à air comprimé Westinghouse.

Notes historiques et engagement

Avec un trafic en nette reprise et une augmentation de la demande après le conflit de 1914-1918, la CGTE met en service en 1920 trente nouveaux véhicules,  soit 10 remorques et 20 automotrices. Parmi ces dernières, les dix voitures surnommées « Plates-formes centrales » Nos 156 à 165 se distinguent du reste du parc de tramways par les caractéristiques inhabituelles suivantes:

  • Choix d’une plate-forme d’entrée et sortie médiane, ce qui permet d’abaisser au maximum le niveau du plancher de cette partie du véhicule
  • Deux compartiments voyageurs (un fumeurs et un non fumeurs) de part et d’autre de la plate-forme centrale, avec bancs à lattes de bois disposés longitudinalement
  • Cabines de conduite entièrement fermées et séparées des compartiments voyageurs par une porte coulissante
  • Avec 14,35 mètres, le plus long type de voiture simple construit par la CGTE (il faudra attendre plus de cinquante ans et la mise en service des premières voitures articulées « Düwag » pour dépasser cette norme)

Caisse et châssis reposant sur des bogies de 1,7 mètre d’empattement, dits« à maximum de traction » : l’essieu moteur, dont les roues ont un diamètre de 860 mm, est à 800 mm du pivot de bogie ; l’essieu porteur non motorisé (diamètre des roues : 620 mm) se trouve, à l’avant, à 900 mm du pivot. Cette disposition excentrée du pivot permet de faire supporter 65 % de la charge sur l’essieu moteur et est destiné à augmenter l’adhérence.


La Ce 2/4 156 dans son état d’origine, peu après sa mise en service en 1920.

A noter que le principe du bogie « à maximum de traction » équipait déjà depuis 1901 les motrices Ce 2/4 51 à 57 du réseau de Berne. Cependant, les nouveautés rassemblées sur la série des « Plates-formes centrales » genevoises en font des véhicules assez « révolutionnaires » en Europe.

Il était prévu, lors de leur mise en service en 1920, de faire circuler les dix « Plates-formes centrales » avec les remorques C4i « Neuhausen », série 361 à 370, afin de disposer de convois de grande capacité pour la ligne 12. Ces remorques avaient des caractéristiques esthétiques très proches des Ce 2/4 156-165 : extrémités arrondies, fenêtres identiques, même toiture arrondie. Malheureusement – et cela a toujours été un « défaut » récurrent à la CGTE – la trop faible puissance des moteurs de cette série ne permit jamais de former de tels beaux convois. La conception des bogies empêcha même de les transformer en Ce 4/4, comme ce fut le cas pour des séries plus anciennes

Mises en service, semble-t-il, dans la livrée vert foncé, pour le bas de caisse, et vert clair pour le pourtour des fenêtres, les « Plates-formes centrales » reçoivent vers 1930, la livrée vert olive et brun chocolat clair introduite à cette époque. Elles seront repeintes, dans le courant des années quarante, en vert et ivoire.

La série n’a pas connu, au cours de ses quelque quarante années de service, de transformations fondamentales. On retiendra seulement que les « Plates-formes centrales » reçoivent, comme l’ensemble du parc dès 1934,  le gros phare orangé typique des motrices de la CGTE. En 1950-51, les deux trolleys sont remplacés par un pantographe Sécheron. En 1951, l’automotrice No 156 est équipée, à titre expérimental, de portes pneumatiques commandées par le wattman. Cet équipement ne sera pas réalisé sur les neuf autres voitures de la série.

Ce 2/4 157 devant le dépôt de la Jonction, à la fin des années quarante.

De 1920 à 1951, les « Plates-formes centrales » ont été engagées exclusivement sur la ligne 12, soit en solo, soit la plupart du temps avec une remorque C2i, série 252 à 276, ex – Voies Etroites. Elles sont « chassées » de cette ligne à l’introduction des « normalisées »  nos 701 à 730.

De 1951 à 1955, elles assurent en solo le service de la ligne 2 (Eaux-Vives – Cimetière de St-Georges)

De 1955 à 1959, elles effectuent le gros du service de la ligne 6 (Veyrier – Rive – Vernier), soit en solo, soit avec une remorque de la série C2i 201 à 210 équipée du frein à air comprimé.

De 1959 à 1961, les deux derniers exemplaires de la série encore en service n’assurent plus que des services de réserve et de suppléments sur les lignes 2 et 12.

Toute la série a été démolie entre 1958 et 1961, selon  le calendrier suivant :

En 1958 : Les Nos 157 et 165
En 1959 : Les Nos 156, 159, 160, 161, 163, 164
En 1961 : Les Nos 158 et 162

Il est fort regrettable qu’aucun exemplaire de cette magnifique série, très appréciée par le personnel et par le public, n’ait pu être conservé. Quelle allure aurait encore aujourd’hui une « Plate-forme centrale » historique dans les rues de notre cité.